mercredi 8 août 2012

Le scandale du Libor révèle au grand jour comment les banques manipulent les taux d’intérêt de référence mondiale

Le récent scandale bancaire, qui avait avant ce jour surtout éclaboussé la banque Barclays au Royaume-Uni, s’étend maintenant au coeur du système financier mondial. Il y est révélé comment une poignée de banques géantes manipule le marché dit « libre » pour accroître leurs bénéfices et les fortunes de leurs gestionnaires et de leurs gros investisseurs. En fait, on est devant un pillage économique dont le résultat est le chômage de masse, la pauvreté et une inégalité sociale grandissante.

De nombreuses grandes banques ont suivi la Barclays qui, la semaine passée, a été la première à admettre qu’elle avait manipulé le plus important indice des taux d’intérêt internationaux, le Libor (pour London Interbank Offered Rate), le taux interbancaire de référence sur le marché londonien. Le Libor, qui est fixé quotidiennement, est censé indiquer le taux d’intérêt moyen auquel les grandes banques se prêtent mutuellement de l’argent à court terme. Le Libor sert de référence pour les taux d’intérêt des prêts personnels et des prêts pour investissement, ce qui affecte des centaines de millions de personnes partout dans le monde.

Le taux du Libor influence les taux d’environ 360.000 milliards de dollars en prêts et en swaps sur défaillance (« credit default swaps, CDS »). Il a un impact sur les contrats à terme négociés à la Bourse de commerce de Chicago (Chicago Mercantile Exchange, CME) dont le volume quotidien des transactions est supérieur à 564.000 milliards de dollars.

Le Libor, et son homologue basé à Bruxelles, l’Euribor (le taux interbancaire de référence sur le marché européen), qui est également la cible de manipulation bancaire, sont utilisés pour calculer le taux de prêts hypothécaires, de prêts étudiants et de cartes de crédit s’élevant à 10.000 milliards de dollars. Environ 90 pour cent des prêts commerciaux et hypothécaires américains sont liés à cet indice.

Dans les mots d’un commentateur du Financial Times, manipuler le Libor correspond à « contaminer l’eau courante ».

Dans un accord à l’amiable passé avec l’Autorité britannique des services financiers (FSA), l’Autorité américaine de régulation des marchés à terme et dérivés (CFTC) et le Département américain de la Justice, Barclays, la quatrième plus grande banque du monde en termes d’actifs, a admis la semaine passée avoir commis des « erreurs ». Elle a accepté de verser un total de 453 millions de dollars aux trois agences pour avoir tenté de manipuler le taux du Libor entre 2005 et 2009.

Les rapports publiés par ces trois services renferment des courriels, des messages SMS et des conversations téléphoniques montrant qu’entre 2005 et 2007 la banque avait sciemment présenté à la direction du Libor de fausses évaluations, le plus souvent trop élevées, des taux d’intérêt auxquels elle empruntait aux autres banques. La Barclays répondait ainsi aux demandes de sa section chargée des produits dérivés qui avec ses données faussées pouvait tirer profit de leurs paris sur les swaps par défaillance et autres dérivés.

Entre 2007 et 2009, au plus fort de la crise financière mondiale, la banque a volontairement sous-estimé les coûts d’emprunts des autres banques dans les chiffres qu’elle envoyait à la direction du Libor dans le but de mieux dissimuler la vulnérabilité de sa situation financière.

 

source:mondialisation.ca

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